Véronique B. (mai 2013)

 

Voici la première étape qui m'a permis de commencer mon travail de deuil, mon témoignage laissé sur le site de l'association "Sauve qui Veut". Depuis cet écrit, bien des choses ont changé en commençant par moi. Comme une Renaissance...

En cette journée très chaude du 23 juin 2003, nous étions invités à passer quelques jours chez mon frère qui venait de faire construire sa piscine : mon mari, ma fille ainée Kalista (19 mois), sa petite sœur  (3 mois) et moi. Nous avions une petite appréhension car la piscine n'était pas protégée, nous étions tous plus ou moins conscients des risques mais pensions être très vigilants....

La journée se passe agréablement. Ma fille Kalista adorait s'y baigner avec sa panoplie complète de petite sirène, tour à tour dans les bras de papa, maman, Tonton, tatie, cousin et cousine. Arrive l'heure de l'apéritif du soir vers 19 h, nous étions sur la terrasse qui surplombe la piscine,  tous réunis. Les enfants jouaient juste à côté des adultes qui étaient assis autour d'une table, je me souviens dire à ma famille et à leurs amis le bonheur que je ressentais d'avoir deux magnifiques petites filles de 15 mois et demi d'écart.

La terrasse avait une rambarde assez haute pour ne pas laisser apparaître la fin de la piscine. Il y avait des escaliers sur le côté de la terrasse pour rejoindre le jardin et la piscine. Ma puce marchait depuis ses 11 mois mais je ne pensais pas qu'elle arriverait à descendre les escaliers toute seule et sans bruit... Je décide d'aller chercher sa petite soeur qui se trouvait dans la maison (elle venait de se réveiller) pour la donner au papa. Je me rassieds et là un sentiment bizarre m'envahit. Je regarde du côté des enfants et je m'aperçois que Kalista n'y est plus. Mon sang ne fait qu'un tour, je me lève et me retourne en direction de la piscine pour y voir le corps de ma fille flottant sur l'eau. Je hurle, mon frère se trouvant à mes côtés saute par-dessus la rambarde et va la chercher et crie que son cœur bat en essayant de la réanimer. Ma belle-sœur appelle les pompiers, je sors en implorant le ciel de ne pas me prendre ma fille, je hurle dépêchez-vous, le temps semble s'être arrêté... Les pompiers sont arrivés avec le médecin, essayant à leur tour de la réanimer, on m'a fait rentrer à l’intérieur de la maison et, quelques minutes plus tard, le médecin m'annonce qu'ils n'ont pas pu la réanimer et que, si elle avait survécu, elle aurait été lourdement handicapée.

Le monde s'écroule, je vais me réveiller, c'est un cauchemar. Je me souviens avoir pris le téléphone pour annoncer la mort de ma fille, tout d'abord au parrain de ma fille Kalista qui vivait avec son épouse dans un village tout près de chez mes parents. Pour qu'ils ramènent le soir même ces derniers. Je me souviendrai toujours des hurlements de douleur de mon père à l'annonce de cette tragédie, des paroles de détresse qu'il prononçait. Il voulait mourir, se jeter par la fenêtre tant la douleur était insupportable. Pourquoi elle et pas moi , elle si jeune qui nous disait « au revoir, Papy, au revoir Mamie » avec le geste, envoyant des baisers par la main, le matin même?

La veillée funèbre s'est faite chez mon frère. Installée sur le lit d'ami, ma fille reposait sans vie, je me souviens de l'odeur de la mort, de la froideur de son petit corps, du silence qui y régnait. Mon père et moi nous nous relayons cette dernière nuit auprès de notre ange, allongés juste à ses côtés, la caressant, lui murmurant des mots d'amours, des mots de regrets, la nuit la plus longue et la plus courte de ma vie...

Nous sommes aujourd'hui le 23 juin 2011, 8 ans se sont écoulés, le temps a fait son œuvre  mais le fait de ne pas la voir grandir et de ne pas pouvoir la toucher est douloureux. La perte d'un enfant est le traumatisme le plus grave qu'il soit.

Sa petite sœur qui à l'époque avait trois mois, a grandi dans un silence de culpabilité et de honte après avoir connu les rires et la joie de vivre d'une famille heureuse. Elle a 8 ans à présent et elle a gardé des séquelles psychologiques, elle a un retard psychomoteur de 2 ans environ, elle s'est mise dans une bulle pour ne pas nous déranger, car nous étions si tristes. Le lien maternel que j'avais avec elle s'est brisé avec le décès de sa grande sœur Kalista. 5 ans plus tard, j'ai voulu avoir un autre enfant, une magnifique petite fille est née en février 2008, elle est vive, c'est une trompe-la-mort. Nos enfants ressentent et vivent toutes nos émotions qu'elles soient refoulées ou pas...

L'association SAUVE QUI VEUT m'a beaucoup aidée car j'ai pu discuter avec un papa qui a vécu le même drame et qui m'a aidée à tenir, que le temps allait faire son oeuvre et qu'il fallait tenir bon. Car on retrouverait la joie de vivre à nouveau, sans oublier notre puce qui, de là-haut, veille sur nous et qu'un jour, le plus tard possible, nous irons la rejoindre et ce pour l'éternité...

                    Mme BENGUIGUI Véronique présidente de l'association 1 2 3 Renaissance

 

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