Valérie C. (Septembre 2002)

 

Ma vie a basculé un 31 Août 1997 lorsque mon second fils, Mathieu, alors âgé d’à peine 3 ans, s’est noyé dans ma piscine, pourtant entourée d’une barrière qui fermait à clé et restée ouverte ce jour-là.

Si ma douloureuse expérience pouvait un tant soit peu apporter quelque chose de positif à votre association ou à des parents connaissant ce même drame, ou bien pouvait servir à en éviter de nouveaux, j’aurais l’impression que mon petit ange blond nous sourit toujours de là où il se trouve.

Il fait chaud ce dimanche après-midi. Le temps a été maussade toute la semaine. Comme un fait exprès, le soleil et la chaleur sont revenus depuis samedi midi. Seule persiste une petite brise fraîche dans le fond de l’air. Cela sent la fin de l’été et le retour à Paris après deux mois à Saint-Félix calmes et agréables.

Je suis dans le jardin et je hurle. Je hurle de toutes mes forces, ce sont mon corps et mon esprit qui refusent ensemble la vérité insoutenable qui, peu à peu, implacablement s’établit.

Norbert ne m’a pas laissé d’espoir mais j’ai décidé de me battre jusqu’au bout et j’ai tout de suite appelé le SAMU.

Ils sont là, tous, le médecin du Samu, les pompiers et Jean, notre ami anesthésiste-réanimateur qui, prévenu par la rumeur qui galope dans le village au passage de l’ambulance et du camion de premiers secours des pompiers, est venu leur prêter main-forte.

Ils n’ont pas voulu que je reste près de lui.

Je suis montée chercher Crassounette dans sa chambre et je me suis postée non loin d’eux. Ils ne me prêtent aucune attention. Je serre Crassounette contre moi. Je ne vois que les bottes des pompiers –ils sont nombreux- et à travers cet écran de bottes, le bout du matelas sur lequel ils ont allongé Mathieu inerte. Je ne vois que ses pieds et ses jambes nus. Je guette le premier tressaillement de ses jambes pour me précipiter lui donner son inséparable Crassou, pour le caresser et lui parler tout doucement. Je voudrais le bercer, lui donner tout l’amour que j’ai pour lui pour le transformer en souffle de vie.

Et je suis là, dépossédée de mon enfant recouvert d’appareils divers, masque à oxygène, monitoring cardiaque et d’autres encore.

Ce cri qui m’envahit, qui sort de moi, puissant et déchirant, rien ne peut l’arrêter et je sais qu’il s’éteindra avec moi, mais pas avant. (…)

Puis, subitement, les médecins présents, y compris Norbert, se concertent, laissant les pompiers continuer les massages cardiaques. Je le vois, cet écran plat qui ne réagit par un pic que si le pompier appuie sur sont thorax.

Mes souvenirs sont confus. Il y a un mouvement de repli, je veux qu’on me laisse approcher. Je ne les vois pas partir l es unes après les autres, je ne vois qu’une chose : Mathieu dans les bras de Norbert qui monte l’installer dans la chambre beige au premier étage, et ce petit bras potelé inerte qui échappe à son étreinte, qui pend et se balance mollement.

Combien de fois l’ai-je ainsi monté dans mes bras parce qu’il s’était endormi dans le salon.

La sensation est si semblable, si proche et pourtant si différente.

 

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