SYLVIE (AVRIL 2002)

 

Le 19 Avril 2002,  j’étais maman de 4 garçons : Vincent (11 ans), Théo (6 ans), Rémi (5 ans), Victor (2 ans½), et j’étais enceinte de 3 mois. J’avais 34 ans et nous vivions dans un petit village paisible de Vendée.
Aujourd’hui, cinq ans après, je vous raconte mon histoire. J'ai trouvé du soutien (par échange de courriers) pendant une année avec un  monsieur âgé, bénévole dans l’association « Vivre son deuil » à Paris.
L'Association « Sauve qui veut » est exactement ce qu’il m’aurait fallu à l’époque mais aujourd’hui il n’est pas trop tard puisque comme tous, je suis toujours dans la culpabilité, la colère, la tristesse.

Nous sommes l’après-midi quand mon mari tond le jardin et que la tondeuse tombe en panne. Je décide donc d’aller avec lui voir le réparateur, nous baissons les sièges de la voiture pour y mettre la tondeuse et nous n’avions donc plus de place pour les deux petits que  nous emmenions habituellement avec nous. Nous partons pour environ un quart d’heure, en recommandant bien à Rémi et Victor de rester dans la cour de notre fermette où ils jouaient bien sagement, que l’on revient très vite. A deux pas de la maison, se trouvent Vincent et Théo dans une autre ferme avec notre voisin et ami qui y travaille.
A notre retour, des tracteurs sont arrêtés sur le bord de la route. Là, je ne vois que Vincent parmi tout ce monde venir vers nous et nous dire : « Victor s’est noyé » !!!
On ne comprend rien ! Ça va trop vite !
Mon mari part avec Vincent à la caserne des pompiers car Victor y est ou va y arriver.
Je me retrouve perdue parmi les voisins dans l’attente la plus terrible et je hurle autant que je peux, j’ai peur, si peur… jusqu’au « verdict » le plus terrible qu'une maman puisse entendre ! « C'EST FINI ! »

Je m’effondre et ne voit plus rien autour de moi. Un médecin viendra me faire une piqûre pour me calmer, je suis toujours chez les voisins, assise sur une chaise... Je suis entrain de  mourir ! 
 
Les faits : Rémi et Victor ont décidé, pendant notre absence, d’aller jouer autour du lavoir à 200 mètres de chez nous (lavoir non protégé servant aux agriculteurs). Victor est tombé dedans, et il y avait 60 cm d’eau. Rémi à sauté à son tour, croyant pouvoir le sortir mais étant donné son jeune âge il n’a pas compris ce qui se passait en réalité. Il me dira plus tard « sa main bougeait », dur d’entendre ça !
Quand il a vu que Victor ne bougeait plus, il décide de courir chercher notre voisin avec qui se trouvaient ses grands frères. Il le voit et s’inquiète un peu de son allure : tout mouillé, regard bizarre…. Rémi dit : « mon vélo est au lavoir ».
Notre voisin décide alors de prendre mes trois enfants avec lui dans son tracteur et se dirige vers le lavoir. Là... il aperçoit le petit tracteur de Victor et demande à Rémi : « Où est Victor ? ».  Il se précipite pour le sortir de l’eau (tout cela devant les yeux de mes autres enfants), tente de le réanimer en attendant les secours mais en vain !!!!  Il s’est évidemment passé trop de temps entre le moment où Victor est tombé dans l'eau et celui où Rémi est parti chercher de l’aide.

Jusqu’après l’enterrement, je n’arrivais pas à réaliser que je ne le reverrai plus jamais car nous sommes entourés de tous ces gens, famille, amis venus nous soutenir dans notre malheur.
Après l'enterrement, tout le monde s'en va, les gens viennent moins parce qu’ils ne savent pas comment réagir ou tout simplement parce que chacun reprend le cours de sa propre vie.
Je me retrouve seule des journées entières à hurler dans ma maison, et à pleurer, pleurer.
J’apprends très vite que le bébé que j'attends est une petite FILLE,  pourquoi ?
Cette petite grandit en moi et elle va bien malgré mes 40 cigarettes par jour, mes antidépresseurs et anxiolytiques !!!
Mon mari est là mais encore plus absent qu'auparavant ! Il ne m’aide vraiment pas,  je me sens si seule à tout gérer, c’est une descente aux enfers !
Je m’occupe de mes enfants tant bien que mal, ils mangent, sont propres et vont à l’école, c’est tout. Je leur apporte le nécessaire vital, je n'ai la force pour rien d'autre.

Le 13 novembre 2002 naît notre fille Lolita Victoria (Victor était du 3 novembre). Je suis en pédiatrie car ma puce a souffert, elle est en couveuse, je vais la voir pour l’allaiter mais je suis seule dans ma chambre avec  un mari qui passe sentant l’alcool et je pleure nuit et jour.
Lolita a 11 jours, je n’en peux plus de cette vie.
Je pars pendant que mon mari s'est encore fait interner en psychiatrie pour la troisième fois depuis le décès de Victor. Je pars donc chez ma sœur qui m'accueille avec les 4 petits où nous resterons 2 mois.
J’inscris les enfants à école, je me fais suivre et je cherche un logement ne sachant plus vraiment où je veux habiter et si je veux encore vivre d'ailleurs ! Pas le temps de me poser, je suis très mal dans ma peau, mal dans ma tête, MAL DE PARTOUT !

Je ne parviens pas à m'installer dans la Nièvre où habite ma soeur car mon village me manque, les enfants ne sont pas bien, je suis trop loin de Victor...
Je retrouve une nouvelle maison là où s'est donc passé le drame. Tous les soirs, je vais au cimetière, j’habite à côté et je m’assieds près de sa tombe, je lui parle, et je pleure...

En 2003 je divorce, mon mari quitte le village pour s‘installer à 13 km de là. Il n’assume toujours rien malgré mes efforts pour lui laisser les enfants quelques heures mais eux me supplient de ne plus y aller.
En 2005, il décède d’un coma éthylique. Je le ferai enterrer à quelques tombes de Victor même s’il n’habite plus ce village mais parce que c’est le père de mes cinq enfants. Aujourd’hui je souffre encore beaucoup, mon Victor me manque tant et parfois je me dis « tu n’as pas le droit d’être heureuse car tu as tué ton petit garçon ! » J’essaie d’être forte pour mes autres enfants, je leur parle beaucoup. Lolita  ne supporte pas de me voir pleurer, elle est très sensible mais si belle ! Et je pense que c’est Victor qui voulait qu’elle soit là !

Rémi s’en veut toujours il n’y a pas longtemps, du haut de ses 10 ans, il m’a dit : « Je n’ai pas pu sortir Victor de l’eau, il était tout mouillé et il était trop lourd ». Comme j’ai eu mal d’entendre ça et mal pour lui aussi, mon pauvre petit Rémi.  Il s’est levé la nuit pour faire des biberons à sa sœur depuis qu’elle est née, comme pour se prouver qu’il est un gentil garçon, il travaille dur à l’école, il veut sans cesse prouver qu’il est un petit garçon courageux et fort. Théo souffre et a peur de tout, Vincent ne parle de rien.

En juillet, j’aurai 40 ans et je « recommence » une nouvelle vie avec un homme merveilleux mais MON VICTOR me manque énormément, il est sans cesse présent, je ne suis pas si heureuse que ça et j’ai peur de ne jamais l’être.
Une phrase est sur un mur de ma maison près des photos de Victor, elle dit : « Ah que l’adieu est cruel et cruelle est la vie... Un seul être vous manque et rien ne sera jamais plus pareil ».
Pourtant, aujourd’hui j’ai l’homme que j’ai toujours rêvé d’avoir mais je n’ai plus Victor. Jje ne pourrai plus jamais le toucher, l'embrasser, le blottir contre moi, le voir rire, le voir vivre !... Je me bats pour avancer en portant cette culpabilité qui me ronge chaque jour.
Je pense à lui, même quand je n’y pense pas !
Je ne suis ni forte ni courageuse, juste que je n’ai pas le choix parce qu'il y a mes autres enfants, sinon je pense que mon choix aurait été de le rejoindre !

 

 

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