Emmanuelle S. (décembre 2004)

Cinq mois se sont écoulés depuis la noyade de Frédéric, notre petit garçon de deux ans et demi à l'époque.

Si je viens à vous aujourd'hui avec notre témoignage, sachez que j'aurais souhaité que vous ne le lisiez jamais… Malheureusement, bien des familles comme la nôtre se retrouvent un jour confrontées à cette tragédie. A la recherche d'informations, c'est parfois à travers le vécu d'autres familles de victimes que l'on trouve un véritable réconfort et un sérieux soutien.

J'espère que le mien vous apportera un peu de réponses.

Frédéric s'est noyé dans notre piscine, le mardi 15 juin 2004 à 20H30. Je l'ai découvert après un séjour dans l'eau de quelques minutes. Les secours ont été prévenus immédiatement et très rapidement une équipe médicale était sur les lieux.

Frédéric a été réanimé au bout de plusieurs minutes et on estime aujourd'hui à 40 minutes le manque d'oxygénation de son cerveau.

Il a été transféré à l'hôpital de Poitiers… Notre vie venait de prendre des allures de cauchemar, 72 H lui ont été accordées. 72 H d'attente qui resteront gravées dans notre mémoire à jamais.

Frédéric est resté dans le coma artificiel pendant une dizaine de jours, puis dans un coma naturel pendant deux semaines. D'ailleurs aujourd'hui nous sommes toujours dans l'incapacité de savoir dans quel état il se situe. Une batterie d'examens lui a été prescrite : scanner, IRM, potentiels évoqués… Tous nous laissant sans espoir de revoir un jour notre petit garçon redevenir ce qu'il était avant la noyade. Certes… mais il était vivant… Et lorsqu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

Si aujourd'hui les médecins ne nous ont pas été d'un grand soutien psychologique, ils ne nous ont néanmoins jamais totalement refermé la porte devant une éventualité et cette éventualité nous permet d'avancer.

Carnet de bord d'un petit bout qui se bat corps et âme.

Au bout du dixième jour depuis son arrivée à l'hôpital, Frédéric est pris de ce qu'on appelle « hypertonie », état constaté et dit « normal » après une noyade : tous ses muscles se raidissent.

Au bout de trois semaines de coma, Frédéric ouvre (entrouvre) ses yeux pour la première fois, première victoire !!!! Le bout de ses petits pieds bouge sensiblement, ainsi que ses avant-bras, il est très réactif à la douleur… On lui retire enfin sa sonde urinaire, au bout de trois semaines, c'est pour nous une première étape et une sonde en moins.

Dans la foulée, Frédéric subit une trachéotomie afin de le libérer de cette sonde qu'il a dans sa bouche et qui lui donne une chance de respirer tout seul.

Au bout de quelques essais, il réussit enfin à se débarrasser définitivement de cette grosse machine bruyante et étrangère à notre environnement, et respire seul…

Je ne vous cacherai pas que toutes ces étapes sont vécues comme de véritables victoires, tant par nous, ses parents, que par ses merveilleuses petites fourmis que sont les infirmières qui veillent sur lui nuit et jour.

Quelques semaines plus tard, les médecins envisagent de lui faire une gastrostomie (petite sonde) directement reliée à son estomac à travers laquelle on lui administre son « gavage » ainsi que ses médicaments. Ses cathéters lui sont alors retirés et notre petit retrouve enfin une mobilité. C'est l'heure des premiers déplacements, des premiers bains…

Nous envisageons alors de trouver un centre pour l'accueillir car les soins intensifs à son niveau ne justifient plus de le garder à l'hôpital. Son état est malheureusement toujours jugé sévère, mais avec beaucoup de force, d'optimisme et d'espoir nous veillons à ce qu'il reçoive ce qu'il y a de mieux. Le choix des centres est très vite saturé, à vrai dire en ce qui nous concerne, une place se libère dans un centre à 110 km de chez nous avec une bonne réputation et nous sautons sur l'occasion.

La première visite est terrible. Et pourtant l'accueil est très agréable, la situation géographique plaisante et le cadre sain…

Je ne vous cacherai pas que cette première approche reste la plus dure, nous sommes à ce moment-là face à la dure réalité des centres de vie… Oui, mais dans ces mots-là, il y a le mot « vie » et c'est certainement pour cela que nous trouvons quelque chose de rassurant dans ce contexte.

Frédéric est transporté en hélicoptère jusqu'au centre. Le voyage se passe bien et l'intégration est finalement rapide. Il prend possession de sa nouvelle chambre, de sa nouvelle vie, de ses nouveaux camarades et surtout de ses nouvelles petites fourmis.

Au fil du temps, nous nous habituons tous à ce nouvel environnement et finissons par le trouver très surprenant.

Notre vision change et notre comportement l'accompagne.

Progressivement, Frédéric est intégré au sein du groupe, on le déplace, il sort de sa chambre, partage les repas avec les autres enfants, voit le soleil, respire le grand air et tout cela nous amène à aujourd'hui.

Frédéric fait de tout petits progrès, ils sont infimes, sensibles, mais ont le grand mérite d'exister. Ses yeux sont plus expressifs, il semble entendre, il réussit à se détendre et nous y croyons toujours autant…

Le personnel de ce centre est remarquable et très chaleureux. Chaque jour, Frédéric fait des tas de choses qui lui apportent éveil et sensations : le bain, puis la salle de jeux, les massages, la musique, la kiné et surtout beaucoup de temps et d'affection, deux éléments essentiels à son épanouissement.

Le temps est dur et nous ne souhaitons même plus compter les jours. Tout cela se transforme en semaines, puis en mois. Mais s'il y a une chose que nous avons retenue, c'est qu'il lui faudra beaucoup de temps et ça, nous en avons en réserve…

Il ne faut jamais oublier que ces enfants ont besoin d'une chose avant tout, de notre amour, et sans aucun doute, nous, parents, en avons tous plein le cœur.

Alors, un petit mot pour la fin pour Frédéric.

Prends ton temps, nous sommes là et nous t'accompagnons à travers cette douleur, et quand tu sortiras de ce malheur, eh bien nous serons là pour t'accueillir.

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