Agnès S. (mai 2004)

 

Je m'appelle Agnès. Il y a maintenant 12 ans que mon fils Maxime est mort noyé dans la piscine de ses grands-parents lors de l'anniversaire de sa grand-mère où se trouvaient 16 adultes et mes trois enfants. Je viens de découvrir votre association et j'ai été très émue en lisant les témoignages. Moi, cela fait si longtemps que je me bats avec cette douleur au fond de moi. J'essaie souvent de faire passer les messages de prévention mais je m'emporte vite car les gens ne comprennent pas. J'ai trouvé votre site parce que je cherchais la loi sur les nouvelles dispositions de protection des piscines pour une amie qui va installer pour l'été une piscine gonflable. Lorsqu'elle a su qu'elle n'était pas soumise à la réglementation, elle a été soulagée, pensant simplement à bien clôturer l'accès à son jardin, mais pas à protéger la piscine ! Pour ma part, je crois que tout point d'eau est dangereux pour les enfants en bas âge et que s'il y a une piscine chez un particulier, elle doit être protégée impérativement car on ne connaît pas les réactions des enfants.

Dix ans après la mort de mon fils, mes autres enfants ont voulu une piscine dans notre jardin, il a fallu tout ce temps pour accepter que la vie continue, je ne pouvais pas les priver de tout. Cependant, une barrière de 120 cm entoure cette piscine en bois semi-enterrée, un cadenas à codes la ferme et interdiction formelle d'utiliser la piscine en mon absence ; ma fille Léa prend des cours de natation depuis l'âge de 5 ans, mon fils Lucas (12 ans) a commencé dès 4 ans à apprendre à nager (il avait 9 mois quand son frère est mort). Même la grande de 18 ans, qui s'était sentie tellement coupable de la mort de son petit frère,  n'a pas le droit de se servir de la piscine seule avec ses amis. Je ne peux pas être toujours là mais c'est à ce prix qu'ils peuvent en profiter. Pour les autres, j'ai accroché des consignes de sécurité et de vigilance à l'attention des amis qui viennent avec les enfants chez nous, c'est comme ça, on ne vit plus comme avant après un drame pareil, cela a détruit le père de mon fils, mon premier mari, j'ai perdu mon fils à 27 ans et j'étais veuve à 30 ans.

On peut se reconstruire après la mort d'un mari, mais pas d'un enfant, de son enfant.

 

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